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vendredi 10 mai 2013

ALGERIE: Biodiversité Enjeu stratégique pour l’humanité


L’atelier de restitution sur l’actualisation de la stratégie nationale de la préservation de la biodiversité s’est tenu les 7 et 8 avril à Sidi Fredj. El Watan week-end fait le bilan de la biodiversité en Algérie.

Savez-vous que seulement 19 espèces végétales fournissent aujourd’hui 80% des denrées alimentaires de la population mondiale qui a atteint 7,1 milliards d’habitants le 1er janvier 2013 ? Savez-vous encore que les plantes sauvages et cultivées, animaux sauvages et domestiques qui ont donné ces variétés et contiennent surtout celles qui nourriront et soigneront les générations futures disparaissent à un rythme effrayant à cause de ce qu’on appelle l’érosion biologique ? Les spécialistes annoncent la sixième grande extinction qui, cette fois, est due à l’homme. Selon l’ Union internationale de la conservation de la nature (UICN), une espèce animale ou de plante disparaît toutes les 20 minutes, soit 26 280 espèces disparaissent chaque année. Près d’un quart des espèces animales et végétales pourrait disparaître d’ici le milieu du siècle en raison des activités humaines.
La diversité du monde vivant, du monde biologique, est donc un enjeu majeur pour la communauté internationale, notamment depuis le sommet de la Terre de Rio en 1992, dont le grand public en a entendu parler pour la première fois à travers la convention internationale qui la concerne et qui a suscité d’âpres débats. Elle est en effet un bien précieux pour les services qu’elle rend, ressources pour les générations futures, fourniture d’oxygène, d’eau, puits de carbone, équilibre des écosystèmes et donc de leur productivité, des services utilitaires économiques, esthétiques, culturels, alimentaires, sanitaires… Mais c’est un bien précieux convoité par les industriels et les multinationales qui «brevètent le vivant», c’est-à-dire qu’ils s’approprient en droit les espèces, leurs variétés et leurs souches généralement spoliées dans les pays pauvres.

Biodiversité en Algérie

Depuis le sommet de la Terre de Rio I, des engagements ont été pris pour enrayer l’érosion et le pillage par les industries agro-industrielles et pharmaceutiques. Sans grand succès, même pendant la décennie 2000 qui lui a été consacrée ! Des stratégies ont été élaborées dans tous les pays pour tenter de freiner et d’inverser la tendance. En vain
Dès 1997, après la signature de la Convention sur la diversité biologique (CDB), l’Algérie s’est engagée dans un grand chantier de construction d’un édifice constitutionnel pour la préservation de la biodiversité. Un travail colossal du défunt le Pr Médiouni secondé par feu Sidali Ramdane du ministère de l’Environnement, et qui ont le mérite d’avoir fait un premier inventaire du patrimoine et jeter les bases de structures nationales opérationnelles. Comme c’est l’usage, cette stratégie vieille de 10 ans est en cours d’actualisation par le ministère de l’Aménagement du territoire, de l’Environnement et de la Ville (MATEV). Une équipe d’une trentaine de consultants, coordonnée par le Pr Aïssa Moali de l’université de Béjaïa, vient de rendre ses premiers résultats dans un atelier qui s’est tenu à Sidi Fredj.

Note optimiste

Tour à tour, la situation de la biodiversité dans les différents écosystèmes aquatique et terrestre et de celle de la faune et de la flore a été passée en revue. Si l’on a convenu que l’indispensable connaissance sur les espèces animales et végétales, de la plus grande à la plus infime, a globalement évolué grâce à la recherche universitaire encore trop faible mais aussi par l’apport plus concret d’études et de projet de classement, les menaces ont  pour leur part progressé à un rythme toujours aussi inquiétant : eaux usées, déchets solides, réduction des habitats, urbanisation, démographie, infrastructures, grands ouvrages hydrauliques, etc. montrent des courbes à croissance exponentielle. A la note optimiste apportée par le bilan de l’avifaune s’oppose celui des zones humides menacées carrément d’assèchement ou celui d’écosystème agricole où les pertes drastiques en variétés par le biais des importations de semences placent chaque jour davantage notre pays en dépendance directe des multinationales de l’agroalimentaire. A l’inverse, l’ignorance de notre patrimoine et la cupidité vident nos réservoirs de biodiversité aussi dangereusement que ceux des champs d’hydrocarbures. 

Mourad Ahmim. Chercheur en écologie et environnement :

           Près de 75 espèces sont menacées en Algérie

Il existe dans notre pays 109 espèces de mammifères dont 75 sont menacées à différents degrés, c’est-à-dire 78,44% du patrimoine mammalogique algérien. Le braconnage est la menace majeure qui pèse sur eux, tout particulièrement sur les gazelles et grands artiodactyles, l’hyène rayée est systématiquement tuée et les chauve-souris disparaissent à cause de la destruction des biotopes. Les écrasements sur les routes achèvent les mangoustes, les genettes, les hérissons… Il faut prendre conscience que sans ces animaux, notre existence est appelée à connaître ce qui est appelé communément chez les scientifiques la rupture de la chaîne écologique. L’urgence est de limiter et réduire les menaces et les atteintes, ensuite de faire en sorte de mieux  les connaître pour protéger ces animaux qui sont nos auxiliaires. A titre d’exemple, la protection des chauve-souris évitera l’emploi de ces grandes quantités d’insecticides qui nous tuent à petit feu. Une seule chauve-souris peut manger jusqu’à 6000 moustiques par heure !

Salima Benhouhou. Maître de conférences en phytoécologie :

      Le manque de données retarde l’évolution de notre biodiversité

Notre patrimoine est représenté par une très grande diversité d’habitats et de formations végétales. Il est concentré dans le nord de notre pays. Le nombre total d’espèces végétales est estimé à 4000, dont environ 90% se trouvent dans le Tell. Avec 300 taxons endémiques et 1630 espèces rares, l’importance de la conservation de ce patrimoine n’est plus à démontrer. Il est très difficile d’estimer ce que nous avons perdu en matière de biodiversité floristique. Cela dit, il est probable que certaines régions d’accès difficile (ou dangereux) aient été préservées. Le manque flagrant de données de terrain actualisées constitue un handicap majeur pour apprécier l’évolution de notre biodiversité. Il est urgent de mettre en place un cadre global, cohérent, légalisé pour fédérer les travaux de recherche et fonder une base de données outil indispensable pour une gestion efficiente de notre patrimoine. La formation des jeunes, les futurs gestionnaires de cette biodiversité, est également une urgence, surtout lorsque l’on sait qu’à l’heure actuelle, il y a très peu de systématiciens.

Lounaci Abdelkader. Professeur à l’université de Tizi Ouzou :

          La croissance démographique dégrade les points d’eau

Des centaines d’espèces ont établi dans chaque point d’eau un réseau trophique complexe assurant un fonctionnement équilibré. Une telle richesse écologique traduit de grandes valeurs en biodiversité. Ces milieux ont cependant subi une dégradation sévère liée aux effets de la croissance démographique. Entre 1984 et 2010, beaucoup d’espèces ont disparu dans plus de la moitié des stations où elles ont été récoltées. D’autres ont vu leurs aires de distribution se réduire aux zones des sources et de leurs émissaires, d’autres encore ont carrément changé d’écologie. Nous avons pu observer des pullulations d’organismes très polluo-résistants ainsi que des vecteurs de maladies (paludisme, fièvre jaune, leishmaniose) et la raréfaction des poissons. Il convient d’élaborer une base de données pour regrouper celles taxonomiques, établir des cartes faunistiques (poissons et invertébrés) pour identifier des zones sensibles, soit fortement dégradées et à restaurer, soit encore préservées des activités humaines et donc à conserver. Cela permettra encore de planifier les éventuelles interventions d’aménagement pour valoriser les milieux naturels.

Rachid Amirouche. Responsable de l’équipe biosystématique et génétique des plantes d’Alger :

      Les espèces spontanées représentent un potentiel inestimable

Le nombre de projets de recherche sur les espèces spontanées a augmenté durant la dernière décennie. Des études biologiques, cytogénétiques, biochimiques et sur les marqueurs moléculaires de l’ADN, sont menées chez nous sur diverses espèces d’intérêt scientifique, agroéconomique ou médicinal. Malgré des difficultés de logistique, très nombreuses, les résultats s’accumulent peu à peu notamment pour la caractérisation des espèces et des écotypes. Il faut savoir que l’écotype est une espèce donnée et qui est génétiquement adaptée à un milieu donné et à un facteur écologique comme la sécheresse ou la salinité. Ces populations représentent un potentiel inestimable. C’est en fait un réservoir où on peut puiser les gènes d’intérêt utiles dans les programmes de sélection et d’amélioration. C’est ce patrimoine phytogénétique qui fait aujourd’hui la convoitise des firmes internationales de l’agro-industrie. Il faut le protéger et le préserver. Ces espèces spontanées se sont formées au bout de plusieurs dizaines ou centaines de milliers d’années d’évolution ; leur disparition serait donc irrémédiable !
Slim Sadki
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